Les lattes :
Voilà un sujet qui me fascine depuis de nombreuses années. Cela fait maintenant trois ans que je m'y consacre plus sérieusement — et aujourd'hui, enfin, j'ai trouvé le bon assemblage de tissus.
J'ai eu la chance d'échanger avec de nombreuses personnes sur le sujet, et les avis sont pour le moins contrastés. Certains ne remplacent que les lattes du haut, beaucoup se limitent aux tubes, en laissant la liaison vers le camber assurée par un jonc époxy — dans le meilleur des cas. D'autres affirment qu'il ne faut surtout pas toucher à la latte du bas, ni aux jonctions camber. Quant à la latte du wish, retenue par ce dernier, elle serait presque superflue... ou au contraire indispensable, selon l'interlocuteur !
J'entends aussi que certains ont tenté l'expérience et ont rapidement réalisé que la chose n'était pas si simple.
J'ai justement une anecdote parlante sur la latte au niveau du wish. Le petit bout d'étarquage avait cassé, j'envoie donc la voile en voilerie. Ils me font un travail propre, et au moment de récupérer la voile, le voilier me glisse : "
J'ai remis un peu de tension dans la latte, mais il faudra que tu reprennes ça correctement." Oui oui, bien sûr... et j'oublie.
Première session avec la voile — une Warp 7.8 — je pars en médium : 114 ALF 37, 15 à 20 nœuds sur le plan d'eau. Première abattée : 26,5 nœuds en Vmax. Bah, bizarre... On réessaye. Deuxième abattée, j'y vais franchement : 27 nœuds. Y a Quelque chose cloche — d'habitude, je suis plutôt au-dessus de 30.
Et là, le déclic :
hummm la latte.
Retour à terre, je règle la latte. Nouvelle abattée... 33 nœuds sans forcer. Intéressant.
Autant être direct : à mes yeux, cette latte est devenue capitale. À tel point que je me demande si certains n'induisent pas volontairement les autres en erreur sur ce point...
Aussi intéressant que soit ce chemin parcouru, je vais vous épargner trois ans de R&D et aller droit au but : parlons des derniers résultats obtenus, notamment sur la Gun 6.3 GSR 2023/2024
Vous l'aurez deviné : la première latte que j'ai modifiée est la seconde en partant du bas ; la #6 par convention en partant du haut — celle qui croise le wishbone.
Première étape, j'ai commencé par la partie tubulaire, en conservant la jonction vers le camber verre/époxy d'origine, et en remplaçant simplement le tube par un équivalent carbone. Le gain est immédiat : le poids est divisé par quatre, pour une souplesse identique mais une réactivité nettement améliorée.
Résultat sur l'eau : on perçoit quelque chose. Un mieux subtil mais réel sur le tenu de voile, le contrôle, les accélérations, la relance. Rien de spectaculaire à ce stade, mais suffisamment encourageant pour continuer
Seconde étape : les deux tubes au-dessus, les lattes #5 et #4. Le résultat est un peu plus marqué — ça se précise. On commence à sentir une amélioration globale et homogène de la voile sur tous les secteurs.
Troisième étape : le remplacement des jonctions cambers par des jonctions 100% carbone ; faites maison, vous vous en doutez , sur les lattes #4, #5 et #6.
Et là... on entre dans un autre monde.
Autant être cash : le gain est monstrueux
Départ au planning, pieds dans les straps, harnais accroché, on est calé — c’est parti, on borde, L'accélération est immédiate, vous atteignez votre vitesse de croisière en bien moins de temps qu'avant.
Le confort et la facilité d'utilisation sont frappants : tout est plus doux, plus fluide, moins exigeant physiquement. En plage basse comme en plage médium, le rendement de la voile est exceptionnel — vous traversez les molles en gardant une bonne vitesse, avec une facilité déconcertante.
Et dans le vent fort ? La tenue et le contrôle passent dans une autre dimension. Ce qui est véritablement bluffant, c'est la transmission de la puissance : elle se fait naturellement, sans effort, comme si la voile travaillait d'elle-même.
Tout simplement exceptionnel.
Autre point et pas des moindres : ces tests ont été réalisés avec un ALF HM Elliptique 32. Un aileron plutôt taillé pour le downwind... et pourtant, au près, ça monte aux arbres !
La transmission de puissance est tellement optimisée que tout le reste s'en trouve facilité — le ressenti de l'aileron change complètement, il s'efface presque, et l'ensemble devient d'une cohérence... je cherche mes mots, mais c'est bluffant .
j'ai permis à
Victor Fasquelle, que j'accompagne en aileron depuis l'année dernière, d'essayer ma voile, (avec son wishbone ) je ne l'ai jamais vu aussi à l'aise sur l'eau.
En échangeant lui, on s'est dit que l'optimisation des lattes pourrait lui donner un vrai avantage en compétition, aussi bien en aileron qu'en foil.
Et ce pour plusieurs raisons :
Une voile plus facile et mieux équilibrée. La base de tout — quand la voile travaille pour vous, vous vous concentrez sur la course.
Des accélérations nettes et précises, au départ comme à la relance à chaque jibe. Dans ce domaine, chaque dixième de seconde compte.
Une tenue de voile dans le vent fort qui offre un contrôle accru là où d'autres subissent.
Une capacité à remonter au vent remarquable. Tenue dans le vent fort combinée à la facilité de coller la plage ; deux atouts majeurs sur des épreuves type Défi Wind.
Et enfin — peut-être le plus sous-estimé — l'économie physique. Heat après heat, jour après jour, arriver plus frais que ses concurrents n'est pas un détail. C'est souvent là que se jouent les podiums
Et pour ceux qui ne font pas de compétition ? C'est tout aussi bénéfique.
Une voile plus légère grâce au gain de poids sur les lattes, plus facile à manœuvrer, qui passe les molles avec une aisance déconcertante et qui encaisse les rafales sans broncher.
Et pour illustrer ça simplement : vous attendez votre pote. Il arrive à votre hauteur. Une petite pression sur le wish... et vous voilà à la même vitesse. Et si vous décidez de lâcher les chevaux — il ne verra jamais l'avant de votre flotteur.
Comment comparer le gain apporté : peut être en évoquant le passage d'un mât époxy vers un mât 100% carbone, d'un wish alu vers un wish carbone, ou encore d'une voile freeride vers une voile à cambers. À chaque fois, on passe un cap — et on ne revient pas en arrière.
Prochaines étapes ? Des cambers en carbone afin de pousser encore plus haut l’optimisation.
Et également tester ces lattes sur des voiles sans camber…..imaginez le meme gab sur une voile de freeride ou de vagues…
Tout comme dans le domaine des ailerons, où la fibre de verre/G10 ou le plastique sont largement employés, les voiles ont suivi la même trajectoire : tubes fibre de verre, jonctions verre/époxy... et poussant ce concept jusqu'à son paroxysme, North Sails avec le boudin gonflable.
ALF a fait un choix radicalement différent : le 100% carbone, et une obsession ;
l'optimisation du contrôle et de la transmission de puissance.
Deux philosophies. Deux visions du rendement.
Voilà où en est la R&D chez ALF Custom Fins aujourd'hui.
Evidemment , je ne vais pas garder ça pour moi. Je pense pouvoir vous faire profiter de cette expérience très prochainement... "Probablement sous deux formes : un kit à monter soi-même pour les bricoleurs, ou sur mesure — vous me communiquez vos dimensions de tubes et jonctions, et vous recevez vos lattes prêtes à être glisser dans votre voile.
Si certains d'entre vous sont intéressés, n'hésitez pas à me contacter via le site:
http://www.alfcustomfins.fr, ou par mail
alfcustomfins@free.fr .